Revue de presse de ''L’argot des prisons''

Notice du livre : Armand (Jean-Michel). L'argot des prisons

Revue de presse

Le Figaro

Prison : le langage cru et fleuri des détenus passé au crible

En prison, le jargon est cru, imagé, parfois cocasse. On parle un argot où le juge est un «allumeur», où l'on «s'affale» quand on avoue et «une facture de garagiste» n'est rien d'autre qu'un casier chargé.

À travers les coursives de la pénitentiaire, si l'on balance encore quelques railleries à la Audiard, le langage quotidien réside surtout dans les «tchatches mortelles», irriguées des expressions imagées des banlieues. Ceux qui anchtibent (vont en prison) à Alcatraz (Fleury-Mérogis, quartier mineurs), au Club med (Fleury toujours) ou ailleurs, continuent de construire leur argot à la barbe des «matons». Un jargon cru ou cocasse collecté avec gourmandise en entomologiste par un cadre pénitentiaire, Jean-Michel Armand, auteur de L'Argot des prisons, dictionnaire du jargon taulard et maton du bagne à nos jours.

Sous les verrous, on n'avoue pas, on «s'affale», on ne parle pas de son casier judiciaire, on déplie son accordéon, et quand on a une «facture de garagiste» (un casier chargé), la mélodie peut être longue.

De temps en temps, il faut bien se rendre chez l'allumeur (le juge d'instruction, celui qui vous allume sévère). Pourvu qu'il ne vous fasse pas un chantier (une instruction à charge) sans quoi in fine, on risque bien de se retrouver aux assiettes (les assises) où l'on pourrait ramasser le bouchon (être condamné à 10 ans de réclusion criminelle) - ou même bien se «coiffer perpette».

Les keufs «beurrent le marmot»

Le plus souvent, on est arrivé là «en boîte de six» (version troisième millénaire du panier à salade), parfois après que les keufs aient «beurré le marmot» (fait avouer un suspect d'une façon critiquée par lui...). C'est comme ça qu'on se trouve béton (incarcéré), lorsque l'on a été détronché - identifié par la police.

Alors il faut bien se faire à ses voisins d'infortune, ceux qui ont les doigts dans la tête par exemple (les détenus connus pour les problèmes psychiatriques). Personne n'aime partager la cellule d'un «ouf» un peu trop «fatigué».

Les «fiolés» (grands consommateurs de calmants ), qui avalent une forte quantité de M&M's (pilules bariolées) au moins se tiennent plus tranquilles. Ils marmottent ou font la momie, mais il ne faut pas trop leur tourner les pages (les contrarier) quand même.

On croise «Gari» - ce type dont on ne connaît plus ou pas le prénom, tant l'établissement est plein, et on lui lance dans un souci de sociabilité: «bien ou bien?» «Bien ou quoi?», manière de ne pas trop attendre la réponse convenue à la fastidieuse question «comment ça va?». Ou plus complice: «Et ta cipette, c'est Gwendoline?» (ta conseillère d'insertion et de probation est-elle une jolie femme d'origine «française»?).

«Les gaspards» règnent en maître des lieux

Les plus chanceux descendent au lac (nouent une relation sexuelle au parloir). À condition de ne pas croiser les rois mages (le directeur et ses adjoints).

Les sangliers (aumôniers) et les menteurs (avocats, autrefois baptisés merles) effectuent également quelques visites attendues, mais l'administration veille à ce qu'ils ne se lancent pas dans la fourniture de timbres (cartes à puce téléphonique qui circulent beaucoup en prison).

Enfin, cela, ce ne n'est pas une façon de parler pour les bidons (les détenus âgés, comme ceux de Liancourt, un établissement dans lequel les gaspards (rats) règnent en maîtres des lieux.

Par Laurence De Charette

(Source : http://www.lefigaro.fr/)

Sud-Ouest

Agen : Un dictionnaire sur le jargon des zonzons.

Cadre à l'Enap, Jean-Michel Armand sort un dictionnaire sur l'argot des prisons.

En jargon de maton, « faire l'essuie-glace » signifie faire le va-et-vient d'une cellule à l'autre. « Bébek », lui, relève plus de l'argot de détenu et est plus généralement utilisé pour désigner « un pauv'type ». « Yoyo » est le système de ficelle coulissante permettant aux détenus de faire circuler via les fenêtres de leurs cellules des objets.

La prison a son langage, que l'on soit d'un côté ou de l'autre des barreaux. Un langage que Jean-Michel Armand, cadre en charge de la formation à l'Enap (École nationale d'administration pénitentiaire) d'Agen, a décidé de réunir dans un dictionnaire intitulé « L'Argot des prisons ».

Quarante ans que notre homme est dans l'administration pénitentiaire. Il a fait ses classes à la prison de Fresnes dans le quartier des mineurs, dans « l'éducation surveillée » devenue « la protection judiciaire de la jeunesse », un passage dans la « fosse aux ours » ou plutôt dans le dépôt du parquet de Paris, puis au sein de divers internats et foyers de l'éducation surveillée avant d'arriver en 2000 à l'Enap.

Du verlan « reverlanisé »

« Depuis toujours, au cours de mon parcours, j'ai noté des expressions, du jargon et de l'argot dans des petits répertoires que j'ai ressortis en arrivant à Agen. J'ai ensuite mis à contribution une dizaine de mes collègues qui travaillent dans des prisons pour relever les dernières expressions en vogue… »

C'est ainsi que ce petit dictionnaire non exhaustif a été sorti des cartons et édité. L'occasion de suivre l'évolution des néologismes de la « zonzon ». Néologismes des bagnes à l'ancienne aux dernières expressions issues de la « tchatche des banlieues ».

« Il y a des mots qui sont créés et qui ne dépassent pas forcément les murs d'un établissement ou d'un quartier. L'argot est un mélange d'exportation du parler des quartiers, mais aussi de certaines modes comme le verlan avec la particularité aujourd'hui que certains mots en verlan sont reverlanisés sans pour autant être remis à l'endroit ! On retrouve aussi du javanais ou du "louchebem", argot des bouchers des Halles où la première lettre du mot est remplacée par un "l" avec l'ajout du suffixe "bem" », souligne Jean-Michel Armand.

Les mineurs en prison

Argot et jargon sont des signes d'appartenance aux milieux. « Chacun, selon son âge, ses origines, sa culture, son dialecte apporte son capital lexical et l'ensemble se tricote au fil des échanges. C'est presque un jeu littéraire ! »

Le dico de l'univers carcéral est désormais en vente dans les librairies. Mais, déjà, Jean-Michel Armand travaille sur un autre ouvrage.

« Je m'intéresse à la période (1893-1940) où la prison d'Eysses était une colonie pénitentiaire pour mineurs. Une période noire qui s'est conclue par la mort à l'âge de 17 ans du pupille Roger Abel. J'étudie des documents et témoignages de surveillants ou de mineurs ayant laissé des écrits sur les conditions désastreuses dans lesquelles ces jeunes étaient soi-disant remis dans le droit chemin. Et ce, alors que leur passage à Eysses les marquait au fer… »

Publié le 29/11/2012 ; par Valérie Deymes

(Source : http://www.sudouest.fr)

La Depeche.fr

L'argot des taulards et matons

Collectionneur en jargon des taulards et des matons… Cadre pénitentiaire, actuel directeur de la formation continue à l'ENAP, Jean-Michel Armand a prêté une oreille attentive et amusée au langage fleuri des prisons, en arpentant depuis 40 ans les coursives bruyantes du monde carcéral.

Jetant un regard tendre et pétri d'humanité sur ces comportements linguistiques qui signent avant tout une appartenance aux milieux, il vient de publier aux éditions Horay, « L'Argot des prisons : Dictionnaire du jargon taulard & maton du bagne à nos jours ». Un ouvrage qui s'est construit au fil de carnets noircis, de recherches, de discussions avec des surveillants venus en formation à l'ENAP, de confidences de vieux flics à l'ancienne et de la terminologie codée des voyous consignée sur le vif. Des petites frappes qui ne rechignaient pas à lui filer des «tuyaux» sur la vraie signification des mots.

Monde carcéral

Après des études de lettres et un passage marquant au «Bon Pasteur», une institution fermée suintant la tristesse avec ses grilles et barreaux qui redressait alors 150 filles, il pénètre dans le monde forclos carcéral. C'est l'été 74, l'acmé des mutineries et de révoltes de prisonniers qui occupent les toits des prisons. Mais son travail socio-linguistique s'ébauche dès le début de sa carrière à la maison d'arrêt de Fresnes, au cœur du quartier des mineurs où il entre en qualité d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse.

«Au contact des gamins»

«C'est au contact de ces gamins issus des arrondissements populaires du nord de Paris et de la première couronne, la Courneuve, Pantin, que j'ai commencé à remplir des calepins de notes. Ces gosses parlaient le verlan. Les lascars des cités l'avaient remis au goût du jour». Il cite encore ces jeunes qui maniaient le Javanais ou langue de feu, dont l'insertion d'une syllabe supplémentaire entre voyelles et consonnes, vient parasiter la compréhension. Une langue débitée à toute vitesse indéchiffrable pour le «cave», le gars qui n'est pas du sérail. Idem pour le «Louchébem», l'argot des bouchers parisiens et lyonnais, qui consiste à camoufler les mots existants en troquant les consonnes par des «L».Suivront 25 années de sa vie au service des mineurs incarcérés et le tour des prisons de Lille, Valenciennes, Lyon, Fleury-Mérogis, Bois d'Arcy… jusqu'à son détachement au sein de l'administration pénitentiaire, à la direction régionale de Dijon, au service insertion et probation, puis en 2000 à l'ENAP d'Agen à la direction du département «formation continue» : l'approche sociologique et criminologique des publics placés sous main de justice… Une promotion dictée aussi par «la carte du tendre». Il garde de la pratique du terrain une certaine nostalgie du contact avec la population pénale. Marqué indélébilement par les quartiers de mineurs : «Je venais d'un milieu social privilégié, j'étais curieux. Je demandais aux gamins qui vivaient dans ce foyer carcéral à Fresnes et avec lesquels on partageait nos journées la véritable signification de leurs phrases d'argot».

Toute la misère du monde

C'était l'époque où Jean-Michel Armand passait également du temps dans le cadre de ses missions, au «dépôt» du tribunal de Paris : «Les transferts de mineurs auditionnés par le parquet, le rendez-vous des jeunes ramassés par la police. Des cellules à l'odeur pestilentielle de vomi et de pisse où s'entassait toute la misère du monde». Une jeunesse carencée par la vie qui posait des actes transgressifs, mais qui n'était pas dans la violence, la revendication, le caïdat arrogant d'aujourd'hui : «Il suffisait de hausser le ton». Un univers carcéral régi par les règles du milieu, le respect de la parole donnée et puis en marge, des petites canailles qui se livraient à une délinquance acquisitive (biens matériels). «Des gosses attachants, rachitiques, se souvient encore Jean-Michel Armand, tabagiques, le plexus creux, les épaules rentrées, le teint citronné. Nous entretenions avec eux des relations de bons pères de famille. Les discours d'adultes étaient entendus, le boulot et l'apprentissage couraient les rues. Il n'y avait pas encore la came qui a tout pourri depuis».

Chacun selon son âge, ses origines géographiques, culturelles, son dialecte, apporte sa pierre à ce mémoire lexical qui s'échafaude au fil des échanges et rencontres.

De la littérature vivante

De la littérature vivante, des «perles» qui ont inspiré les auteurs de polars et les chroniqueurs judiciaires. Dans son cas, c'est Francis Mizio, ancien journaliste, écrivain et critique, qui l'a encouragé et soutenu dans cette voie. Jean-Michel Armand s'attelle déjà à la préparation d'un livre sur l'histoire d'Eysses, longtemps maison de correction pour fortes têtes. Son dictionnaire entend donner une image de la prison moins noirâtre percluse de dialogues à la Audiard.

Glossaire (Jean-Michel Armand)

Accordéon >Jargon judiciaire. Le casier judiciaire (ou blaze). Déplier tel le soufflet de l'instrument, de longues partitions judiciaires.

Affaler (s')> Ou s'allonger. Jargon détenu. Avouer en dénonçant des complices.

Allumeur >Argot détenu. Qualificatif du juge d'instruction . On se fait allumer dans son cabinet.

Ange > Argot détenu. Celui qui surveille lors d'un cambriolage. Bougie >Complice lors d'une transaction de stupéfiants.

Arpèges > Données anthropométriques d'un suspect. Empreintes digitales. Syn. «Faire les paluches».

Assiettes> Cour d'assises.

Baguer > Argot policier. Arrêter, passer les menottes.Syn. Se faire «coxer».

Ballon > Cellule de commissariat.

Barbouzer > Argot policier. Enquêter discrètement.

Fiolé> Argot détenu et surveillant. Détenus grands consommateurs de calmants ou d'antidépresseurs.

Gerber > Etre gerbé: être condamné «à vioc» (à perpétuité).

Installé > Se dit d'un détenu qui a ses réseaux au sein de la prison.

Keufé > Banlieue. De «keuf» policier. Etre surveillé par la police.

Lamer > Donner ou recevoir un coup de couteau en prison.

La lasagne > Le courrier.

Marraine > Argot policier. Témoin à charge.

Maton > Le surveillant qui mate à travers l'œilleton de la porte.

Ouvre-boîte > Clefs ou trousseau de surveillant.

Faire la planche > S'évader.

Faire rasoir > Ne laisser aucune trace sur les lieux d'une infraction, ou d'un crime.

Revenant > Terme utilisé par les mineurs quand ils croisent une connaissance fraîchement élargie et déjà revenue.

Saucissonneur > Voleurs qui ligotent leurs victimes à domicile avec de la bande adhésive.

Tapisser un mec > Description d'un suspect. Reconnaissance lors d'une confrontation ou sur fichier photographique.

Taulier > Directeur de prison.

Yoyo > Fil qui permet de communiquer un objet ou un message d'une cellule à l'autre, en faisant balancier par la fenêtre.

C.St-. P.

(Source : http://www.ladepeche.fr(valider les liens))


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