Article de presse sur le mot «épatant»

Rognures

Titre : [sur le mot «épatant»]
Auteur : Lazarille
Date : 1906-03-10
Source : Semaine littéraire
Mots clés : épatant, épatarouflant, flapi
Discussion

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1906-03-10-semaine-litteraire-epatant-lazarille.jpg: 379x384, 74k (04 novembre 2009 à 02h46)

Texte (à corriger)

Le Gil Blas demande l'introduction du mot « épatant » au dictionnaire.
Epatant n'a pas encore, on le sait, ses lettres officielles de
naturalisation française. Pourtant, s'il est un terme qui a pris
racine dans notre langue, c'est, sans conteste, celui d'épatant. Et
on nous fait justement observer qu'il est aujourd'hui des gens qui
ne peuvent dire deux mots de suite, sans y glisser celui-là. Il a
tous les honneurs de la grammaire : les substantifs épate, épaie-
ment, épateur : l'adverbe épatemment ; l'augmentatif épatarouflant.
On conjugue couramment le verbe épater, et celui-ci n'est pas
réfractaire aux grâces du subjonctif. Un prestidigitateur disait,
récemment, à son public : « Vous ne voudriez pas que nous vous
épatassions ! »
La plupart de nos dictionnaires l'ont accueilli ; celui de Littré
lui a consacré quelques lignes, et le dictionnaire d'argot, de Lar-
chey, plusieurs articles. Hier encore un petit livre, très bien fait,
le Dictionnaire des qualificatifs de M. Pierre Schefer, le classait
parmi les cinquante-huit synonymes du mot étonnant.
Devant cette quasi-unanimité de nos lexicographes, l'Acadé-
mie française se décidera-t-elle à lui ouvrir les colonnes de son
futur dictionnaire ? On dit que cette question a été récemment
agitée dans le sein de la docte assemblée. De même pour ce terme
nouveau, mais si énergique de flapi, qui n'a paru dans aucun vo-
cabulaire et qui désigne un état de dépression et d'avachissement
autant moral que physique. C'est le progrès.
LAZARILLE.


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